Haute Ecole Léonard De Vinci
Pôle Louvain
M.E.T.S.
Doctorat en Traductologie

Le Langage et l'Homme, vol. 41, fascicule 2 (décembre 2006)

 

Dossier — Pragmatique développementale. Perspectives européennes

Josie Bernicot — L’acquisition du langage par l’enfant et la pragmatique : quand la parole est utile aux enfants

Maria Cristina Caselli, Sabine Pirchio et Olga Capirci — Analyse de l’interaction communicative entre parents et enfants sourds dans un contexte de jeu non structuré : une comparaison entre parents sourds et entendants [Résumé-Abstract]

Michel Musiol, Alain Trognon, Daniel Coulon et Christine Bocerean — Structure de l’interaction verbale et rationalité argumentative chez l’adolescent polyhandicapé [Résumé-Abstract]

Marta Białecka-Pikul — Understanding metaphors as an expression of metapragmatic ability in 3-6-year-old Polish children [Abstract]

Genevieve De Weck, Virginie Laval et Stephanie Chaminaud — Comprendre les formes idiomatiques :  une étude des capacités pragmatiques chez des enfants dysphasiques et typiques [Résumé-Abstract]

Maria Rosa Solé Planas et Olga Soler Vilageliu — Requests in children from two different points of view [Résumé-Abstract]

Virginie Dardier, Michel Deleau, Anaïg Delanoë et Anne Laurent-Vannier — La compréhension des différentes formes de demandes chez des enfants et des adolescents porteurs de  lésions frontales :  aspects pragmatiques et métapragmatiques [Résumé-Abstract]

Edy Veneziano et Christian Hudelot — États internes, fausse croyance et explications dans les récits: effets de l’étayage chez les enfants de 4 à 12 ans [Résumé-Abstract]

Olga Volckaert-Legrier, Alain Bert-Erboul et Josie Bernicot — Raconter par courrier électronique : une étude de l’orthographe chez les adolescents [Résumé-Abstract]

Sven Strömqvist — Learning to write: a window on language, communication and cognition [Résumé-Abstract]

 

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Résumés

 

Maria Cristina Caselli*, Sabine Pirchio** et Olga Capirci*
* Institute of Sciences and Technologies of the Cognition-CNR, Italia
** University of Cagliari, Italia

Analyse de l’interaction communicative entre parents et enfants sourds dans un contexte de jeu non structuré : une comparaison entre parents sourds et entendants

Notre étude vise à comparer les interactions parents/enfant dans six familles où l’enfant est sourd et où les parents sont soit eux-mêmes sourds (trois familles), soit entendants (trois familles). De nombreuses recherches menées sur les deux premières années du développement des enfants sourds ont mis en évidence un certain nombre de modalités propres au comportement des mères sourdes avec leurs enfants sourds, et de stratégies de communication visuelle qui visent à fournir un support à l’attention partagée et qui semblent avoir une grande influence sur l’acquisition de l’alternance des tours de parole (Swisher, 2000; Spencer, 2000). L'étude que nous présentons ici cherche à vérifier si les différences observées entre les mères sourdes et les mères entendantes dans leur interaction communicative avec leur enfant sourd au cours des premières années se retrouvent également plus tard, quand les enfants ont de 4 à 6 ans. Nos résultats montrent des différences entre les stratégies communicatives utilisées par les parents entendants et sourds. Ces derniers utilisent en effet davantage que les parents entendants les modalités non verbales d’interaction et de partage de l’attention, ce qui est d'une importance fondamentale pour éviter la baisse d'attention et la rupture de la communication et, par conséquent, la perte d’informations. En conclusion, nous pensons que l’observation et l’analyse des stratégies communicatives que les parents sourds utilisent naturellement avec leurs enfants soient très utiles puisqu'elles représentent des exemples et des modèles pour les parents entendants et pour ceux qui, dans un milieu éducatif, visent à encourager la communication avec les enfants sourds.

The present study is an attempt to analyze the playtime interaction of six families who have deaf children aged between 4 and 6 years. Three of the families had deaf parents while the other three had hearing parents. The study observed, in particular, the verbal and non verbal communicative-relational aspects of their interaction. Many studies, conducted during the first developmental stages of deaf children, have revealed significant differences between deaf mothers and hearing mothers in relation to their interaction with their deaf children. The current research intends to verify if these distinct differences are also recognizable in later years. Results show that deaf parents and hearing parents utilise communicative styles and strategies in different ways. We propose that the communicative strategies that the deaf parents use in a natural way with their deaf children could represent models that are valid, both for hearing parents and in an educational role, in order to promote communication with deaf children.

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Michel Musiol*, Alain Trognon*, Daniel Coulon** et Christine Bocerean*
* Laboratoire de Psychologie Cognitive et Clinique, E.A. 3946, Universités Nancy 2 et Metz-Paul Verlaine
** LORIA : UMR 7503, CNRS, INPL, INRIA, UHP-Nancy 1, Nancy 2

Structure de l’interaction verbale et rationalité argumentative chez l’adolescent polyhandicapé

Nous nous intéressons à des conversations cliniques au cours desquelles des patients polyhandicapés tentent d’expliciter leurs intentions communicatives. Les psychologues ou les personnes ayant soin semblent être en mesure de pallier les difficultés cognitives ou linguistiques  des adolescents en s’appuyant sur des stratégies interactionnelles incluant des répétitions d’actes de langage. Notre objectif est de décrire les caractéristiques des structures ou sous-structures des transactions qui contribuent à l’émergence du processus dialogique et dynamique de l’intercompréhension. Notre méthode est basée à la fois sur l’analyse de l’interaction verbale et sur l’analyse formelle.

We investigate clinical conversations in which polyhandicapped patients attempt to make their communicative intentions explicit. Psychologists or people who take care them seem to be able to cover their cognitive or linguistic difficulties up as the exchange curse spreads on repetitive speech acts out. Our aim is to depict the characteristics of the transactional structures or substructures which contribute to the assessment of the dialogical and dynamical process of understanding. Our method is supported by verbal transaction and formal analysis.

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Marta Białecka-Pikul
Jagiellonian University / Institute of Psychology 
Kraków, Poland

Understanding metaphors as an expression of metapragmatic ability in 3-6-year-old Polish children

The interpretation of a statement which relates to such ambiguous material as metaphor is possible when a child not only understands the context and intention of the statement (pragmatic ability) but when he or she also understands that words relate to intentions and beliefs which we can reason about only indirectly (metapragmatic abilities). Thus, mind-reading, i.e. the child’s theory of mind, which requires interpretation of ambivalent material, could be seen as an expression of metapragmatic competence.   
The research presented in this study attempted to construct a technique to assess the child’s ability to perceive and understand mental states. Firstly, a Picture Metaphor Test was prepared. Metaphors were differentiated according to the relation to linguistic knowledge (conventional vs. original metaphors) and also according to the modality which was expressed in the similarity between the tenor and the tender of the metaphor (vision, hearing, touch, movement, and smell metaphors). Two studies were conducted with a total of 160 children aged from 3.3 to 6.6.       
The obtained results suggest that Picture Metaphor Test could be a valid instrument to assess the ability to mind-read (e.g. correlations with False Belief Tests were from 0.51 to 0.67). It was also proved that the ability to understand metaphors develops with age (the correlation was 0.70) and that this ability is connected with the child’s linguistic knowledge (conventional metaphors were easier to notice than the original ones, Wilcoxon’s test was significant on p<0.0001).

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Genevieve De Weck*, Virginie Laval** et Stephanie Chaminaud**
* Institut d’Orthophonie – Université de Neuchâtel
** Laboratoire Langage, Mémoire et Développement Cognitif (LMDC) – CNRS,
Université de Poitiers

Comprendre les formes idiomatiques : une étude des capacités pragmatiques chez des enfants dysphasiques et typiques

La dysphasie de type phonologique-syntaxique se caractérise par des déficits phonologiques et syntaxiques essentiellement, et surtout en production. Toutefois, les recherches actuelles s’accordent pour dire que si la compréhension reste meilleure que la production, les enfants dysphasiques peuvent néanmoins présenter des difficultés de compréhension. L’objectif de cette recherche est d’étudier les capacités pragmatiques de compréhension chez des enfants francophones présentant une dysphasie de type phonologique-syntaxique. Le recueil des données est réalisé avec une tâche de complètement d’histoires intégrant des expressions idiomatiques, au cours de laquelle chaque participant doit terminer une histoire en choisissant une image parmi plusieurs possibilités. Les histoires varient en fonction du contexte de production de l’énoncé (contexte idiomatique vs contexte neutre). De manière à isoler réellement les capacités pragmatiques des enfants présentant une dysphasie de type phonologique-syntaxique, nous comparons leurs performances à celles d’enfants typiques de même âge chronologique et de même niveau de compréhension structurale. Les résultats font apparaître un déficit pragmatique important chez les enfants présentant une dysphasie de type phonologique-syntaxique, comparativement aux enfants typiques.

Phonologic syntactic language impairment is characterised mainly by phonologic and syntactic deficits, particularly in language production. Recent research however shows that, if comprehension is generally better than production, language-impaired children can nevertheless have comprehension difficulties. The purpose of this research is to study the pragmatic capacities of comprehension by French speaking children with phonologic syntactic language impairment. The data collection is realised by means of a task in which the subjects are invited to complete stories including idiomatic expressions by choosing a picture among several possibilities. The stories vary with regard to the utterances’ production context (idiomatic context vs neutral context). In order to truly identify the pragmatic capacities of the phonologic syntactic language-impaired children, we compare their performance with the performance of children of the same age with normal language development and who show the same structural comprehension level. The results reveal an important pragmatic deficit in the language-impaired children in comparison to the normal children.

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Maria Rosa Solé Planas et Olga Soler Vilageliu
Universitat Autònoma de Barcelona

Requests in children from two different points of view

L’objet de ce travail est d´analyser les demandes produites par le même locuteur, quand celui-ci doit adopter deux rôles différents dans le même contexte communicatif, dans le but de vérifier s’il y a des différences dans les demandes qu’il produit (directes ou indirectes; la présence de termes de courtoisie; la présence d’explications; des changements formels dans la structure de la demande). Nous avons mené une étude transversale avec 64 enfants (32 garçons et 32 filles) appartenant à quatre groupes d’âge différents (4, 6, 8 et 9 ans). Nous avons montré aux enfants 4 histoires dans lesquelles il y a 3 images. Chaque histoire doit être finie par une demande. Nous avons demandé à chaque enfant de produire une demande en adoptant, d’abord, le point de vue du personnage principal de l’histoire, et ensuite exprimant son prope point de vue. D’après les résultats, les impératives emboîtées sont le type des demandes les plus utilisées aussi bien dans la première demande que dans la reformulation, suivies par les impératives. Il faut souligner, cependant, que la production d’impératives a une corrélation négative avec l’âge tandis que la production d’impératives emboîtées corrèle positivement avec l’âge. D’autre part, le type de demandes produites est différent selon le contexte. Finalement, les enfants introduisent des formules de courtoisie telles quelles « s’il vous plaît » ou ajoutent des explications dans les demandes produites lors de la reformulation. En bref, il paraît que depuis l’âge de six ans, les enfants réfléchissent davantage sur la perception que l’interlocuteur a de la demande qu’on lui adresse (force illocutoire) ainsi que l’effet que la formulation de la demande aura sur l’interlocuteur (l’effet perlocutoire).

The aim of this study was to evaluate the differences found in requests produced when the speaker adopted different roles, assessing whether there were differences in the type of requests produced (direct or indirect; presence of courtesy terms or not; presence of explanations; formal changes in the request structure). A cross-sectional study was undertaken with a sample of 64 children (32 boys and 32 girls) belonging to four age groups (from 4 to 9 years old). Children were shown four sets of 3 pictures representing four different stories, and each story needed to be finished with a request. Children had to produce an initial request from the standpoint of the main character in the story, and later from their own point of view. The results showed that embedded imperatives were the most-used type of request both in the initial request and in the reformulation, followed by imperatives. However, it should be noted that the use of imperatives correlated negatively with age whereas the use of embedded imperatives correlated positively with age. The type of requests used differed depending on the context. Finally, children introduced the courtesy formula “please” and added explanations to their requests more frequently in the reformulation. To summarize, it seems that from the age of six, children think more about the perception the interlocutor will have of their request (illocutionary force) and the effect that the formulation of the request will have on the interlocutor (perlocutionary effect).

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Virginie Dardier*, Michel Deleau*, Anaïg Delanoë* et Anne Laurent-Vannier**
* Université de Rennes 2 – Centre de Recherches en Psychologie, Cognition et Communication (CRPCC)
** Hôpital National de Saint-Maurice – Institut National de Médecine Physique et de Réadaptation de l’Enfant.

La compréhension des différentes formes de demandes chez des enfants et des adolescents porteurs de lésions frontales : aspects pragmatiques et métapragmatiques

Parmi les troubles consécutifs aux lésions frontales, des difficultés à prendre en compte les différents éléments contextuels requis notamment dans la compréhension des demandes indirectes non conventionnelles sont souvent évoquées. Alors que les travaux réalisés sur le thème des troubles pragmatiques chez des adultes lésés frontaux soulignent l’incidence de ces difficultés dans la vie quotidienne des patients et de leur famille, peu d’études sont consacrées à l’analyse de ces troubles chez les enfants et les adolescents. L’objectif de cette étude est d’évaluer les capacités pragmatiques et métapragmatiques d’enfants et d’adolescents lésés frontaux dans une épreuve de compréhension des demandes directes et indirectes (conventionnelles et non conventionnelles), en comparant leurs performances à celles de sujets contrôles tout venant. Il s’agit également ici de vérifier si des variations contextuelles (introduites au niveau de l’action de l’auditeur et de l’état de satisfaction du locuteur suite à sa demande) influencent la compréhension des différentes formes de demandes. Les résultats montrent l’existence de difficultés pragmatiques dans l’interprétation des énoncés de demandes et métapragmatiques (dans l’expression des justifications) chez les patients lésés frontaux dans l’analyse des demandes indirectes non conventionnelles. En revanche, les variations contextuelles n’ont pas d’effet sur les performances des sujets. Ces données sont discutées en se référant aux résultats de travaux réalisés en pragmatique développementale et en neuropsychologie.

Comprehension of Different Forms of Requests in Children and Adolescents with Frontal-Lobe Damage
After  a frontal lesion, people often show difficulties in taking account of contextual features, what is   required to understand indirect non-conventional requests. The communication disorders of adults with frontal lesion in everyday life have been quite well documented, however few studies have been carried out on these disorders in children and adolescents. The two main goals of the present study are a) to assess pragmatic and metapragmatic skills, with a comprehension task of direct requests (conventional and non-conventional), in children and adolescents with frontal lobe lesions and b) to compare their performances with control subjects. Furthermore, the contextual variations (introduced in the listener’s action, and the speaker’s reaction) are considered, to determine if they influence the comprehension of different forms of requests. The main results show that frontal-lobe patients appear to have pragmatic (interpreting the request’s utterances) and metapragmatic (in the utterances expressing justifications) disorders when dealing with indirect non-conventional requests. However, contextual variations do not have an impact on the subjects’ performances. These findings are discussed in the light of recent studies conducted in developmental pragmatics as well as in neuropsychology.

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Edy Veneziano* et Christian Hudelot**
* Université Paris Descartes - CNRS
** CNRS - Universités Paris X et Paris Descartes

Etats internes, fausse croyance et explications dans les récits: effets de l’étayage chez les enfants de 4 à 12 ans

Cet article porte sur la dimension "évaluative" du récit telle qu'elle est exprimée par des enfants âgés entre 4 et 12 ans et, en particulier, sur la capacité de ces enfants à se référer aux états internes des personnages en tant qu’éléments explicatifs de leurs comportements et à expliciter que la croyance d'un personnage est fausse. Les récits des enfants sont construits à partir d'une séquence de cinq images qui "racontent" l'histoire d'un malentendu entre deux personnages. Après avoir raconté spontanément leur premier récit, les enfants le racontent une deuxième fois après avoir été questionnés sur les raisons des événements à travers un étayage non intrusif inspiré par l'entretien clinique piagétien. Les résultats montrent que dans leurs premiers récits les enfants, comme dans des précédentes études, mentionnent rarement les états épistémiques des personnages avant 10 ans. La fausse croyance et sa rectification ne sont explicitées que rarement avant 10-11 ans et même à cet âge par peu d'enfants. Ainsi, le fait d'avoir placé un malentendu au centre de l'intrigue ne facilite pas la référence aux états épistémiques des personnages, ni la compréhension des liens entre états internes et comportements, ou encore l'appréhension et l'expression de la fausse croyance et le besoin de lever le malentendu. Toutefois, après un étayage qui attire l'attention des enfants sur les causes des événements, dès 6-7 ans les enfants accroissent considérablement leurs références aux états internes des personnages, y compris leurs états épistémiques, et même un enfant de cet âge explicite que la croyance de l'un des personnages est fausse et trouve les moyens narratifs pour rectifier celle-ci, faisant donc preuve d'une théorie relativiste de l'esprit. Ces résultats nous interrogent profondément sur la signification de la rareté de l'expression de la fausse croyance dans les récits spontanés d'enfants en dessous de 9 ans, ainsi que sur la nécessité de disposer d'un moyen d'évaluation multidimensionnel pour saisir au mieux les compétences des enfants au delà des contraintes dues à la complexité de l'activité en examen.

This paper deals with the "evaluative" dimension of narratives expressed by 4 to 12 year old children as they construct a story, focusing in particular on children’s capacity to refer to the characters’ internal states as reasons of their behavior and to explicitly express that the belief of one character is false. Children’s narratives are constructed after they have seen a sequence of five images (making up the "stone story") that can be coherently understood as a story of a misunderstanding between the two depicted characters. After an initial spontaneously produced narrative, children are asked to tell the story a second time after a scaffolding procedure, modeled according to Piaget-type clinical interviews, whereby they are asked about the reasons of the main events. Like in other studies, also here it is found that before 10 years of age children's initial stories rarely refer to epistemic states particularly as reasons behind the characters' behaviors. Also, before 10-11 years, only rarely children specify clearly that the belief of one of the characters is a false belief and none of the children before 10 years resolves the misunderstanding by having the characters communicate to each other their contrasting points of view.  However, after the scaffolding procedure focusing children's attention on causal explanations, but not on internal states nor on false beliefs, from 6 years onwards, children increase considerably their references to the characters' internal states, in particular to their epistemic states. Also, with age, progressively more children can specify that one of the characters actually holds a false belief about the intentions of the other, and finds adequate narrative means to have the characters unveil and rectify it, providing thus evidence for a relativistic and interpretive theory of mind in these children. These results question seriously the meaning of the limited expression of epistemic states and false beliefs in the spontaneous narratives of children under 9 years, and argue for a multidimensional evaluation in order to better grasp children's competences beyond the constraints of the complexities of the activity under scrutiny.

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Olga Volckaert-Legrier, Alain Bert-Erboul et Josie Bernicot
Laboratoire Langage Mémoire et Développement Cognitif (LMDC)
Université de Poitiers-CNRS, UMR 6215, France

Raconter par courrier électronique : une étude de l’orthographe chez les adolescents

L’objectif de notre recherche est de comparer les productions par courrier électronique avec d’autres modalités de communication écrites telles que l’écrit traditionnel et le traitement de texte. Le courrier électronique (CE) est un nouvel outil de communication médiatisé par ordinateur. Il s’agit d’un mode de communication écrit et asynchrone pour qui certaines caractéristiques, comme la compression du temps et de l’espace, permettent de faire l’hypothèse d’un registre différent de l’écrit traditionnel. Nous testons cette hypothèse à partir de la question de l’orthographe. Du point de vue expérimental, 80 adolescents de 12 à 15 ans racontent une histoire dans trois modalités de communication (CE, écrit traditionnel envoyé par fax et traitement de texte). Ces histoires sont adressées à deux interlocuteurs (pair d’âge/professeur) dans une situation d’interaction quasi-naturelle. Les résultats montrent que les adolescents font plus de distorsions orthographiques en courrier électronique que dans la modalité écrit traditionnel. Les distorsions observées en courrier électronique sont essentiellement des néographies moins importantes ou quasi-inexistantes pour les autres modalités écrites. De plus, les productions en courrier électronique respectent les règles pragmatiques de l’interaction : les récits adressés au pair d’âge contiennent plus de distorsions que ceux adressés au professeur. Ces résultats, renforcés par l’absence de corrélation en courrier électronique entre les distorsions orthographiques et le niveau linguistique, confirment l’hypothèse d’un registre spécifique pour le courrier électronique.

This study compares e-mail writing with other written communication modes such as traditional writing and word processing. E-mail (EM) is a new computer-mediated, communication tool. It is an asynchronous, written communication mode whose features (e.g. it is condensed in both time and space) allow us to hypothesize that it operates in a different "register" from traditional writing. We tested this hypothesis at the orthographic level. In an experimental setting, 80 adolescents (ages 12 to 15) told a story in three communication modes (EM, traditional writing sent by fax, and word processing). The stories were directed at two types of addressees (a peer, a teacher) in a quasi-natural interaction context. The results showed that the adolescents made more orthographic deviations in e-mails than in traditional writing. In particular, the e-mails contained a large number of new written forms, which were rare or non-existent in the other writing modes. Moreover, the e-mails were produced in accordance with the pragmatic rules of interaction: peer-directed stories contained more deviations than ones addressed to a teacher. These results, which were supported by the lack of a correlation between orthographic deviations and language level in the e-mail mode, validate the hypothesis of a specific register for e-mail.

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Sven Strömqvist
Centre for Languages and literature, Lund University, Sweden

Learning to write: a window on language, communication and cognition

Cet article présente le processus d'apprentissage de l’écriture dans une perspective de développement. Nous montrons qu'apprendre à écrire ne consiste pas simplement à ajouter la langue écrite à une compétence orale déjà acquise - le développement de la maîtrise de la langue écrite finit par avoir une incidence sur le développement de la langue orale. En plus, nous montrons qu'apprendre à écrire va au-delà d'apprendre à transmettre ses idées dans un autre mode que celui oral. Les conditions de communication et les contraintes de traitement qui sont associées à la langue écrite diffèrent profondément de celles de la langue orale et pour cette raison l'écriture a en même temps des conséquences cognitives et des effets sémantiques. Lorsque nous apprenons à parler, nous apprenons à penser pour parler. Lorsque nous apprenons à écrire, nous apprenons à penser pour écrire.
Dans un premier temps l'article décrit des différences et des similarités entre l'oral et l'écrit. Ensuite, nous passons en revue quelques exemples de recherches empiriques sur les pauses, les révisions, les collocations, le discours rapporté et les traces en mémoire lors du passage de l'écrit à l'oral - toutes ces recherches s’intéressent à l’étude de l'oral et de l'écrit dans une perspective de développement. L'article se termine par la présentation d’un modèle, partiellement nouveau, du processus de production des premières idées au produit final, offrant des possibilités supplémentaires pour l'analyse des similarités et des différences entre penser pour parler et penser pour écrire.

The present paper offers a developmental perspective on the process of learning to write. It is argued that learning to write is something more than just adding written language skills to your previously acquired spoken language skills - the developing command of a written language eventually comes to influence the learner’s spoken language development. Further, it is argued that learning to write amounts to something more than just learning to express your ideas in an alternative medium to speech. The communicative conditions and processing constraints associated with written language differ profoundly from those of spoken language, and writing, therefore, has both cognitive consequences and semantic effects. When we learn to speak, we learn to think for speaking. When we learn to write, we learn to think for writing.
The paper starts by delineating similarities and differences between speech and writing in terms of communicative conditions and processing constraints. It then reviews a handful of empirical investigations of pauses, editings, collocations, reported speech, and memory traces from writing to speech – all concerned with the contrastive study of speech and writing in a developmental perspective.  The paper concludes with a partly new model of the production process from first thoughts to a final product, offering partly new opportunities for analyzing similarities and differences between thinking-for-speaking and thinking-for-writing.

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